Les espèces

Le choix des espèces, dans un projet de réhabilitation, est une étape cruciale. Compte tenu de nos expériences (nos échecs…), nous avons voulu absolument miser sur l´installation de la plus grande biodiversité possible, biomimétisme oblige. Sauf que c’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire…

Alors on a commencé petit à petit, d’abord en faisant un gros travail de bibliographie, en recensant les travaux de PHYTOTROP, de CAEX-REAH, de Verdal reforestage, d’autres spécialistes reconnus ou simples passionnés, et de travaux similaires réalisés au Brésil. Nous avons aussi entamé la création d’un petit réseau de partage de connaissances informel avec d’autres opérateurs miniers de Guyane, ainsi qu’un opérateur de très grande envergure au Brésil qui possède 30 ans de recul sur des plantations en contexte amazonien et qui a accepté de nous partager sa liste d’espèces !

Forts de notre expérience avec Solicaz, nous avons mis d’abord l’accent sur les espèces fixatrices d’azote :

Inga edulis
Clitoria fairchildiana
Pterocarpus officinalis

Dans un second temps nous avons joué les opportunistes en augmentant notre biodiversité avec les espèces issues de notre projet d’économie circulaire, récolte de graines auprès des producteurs locaux de jus, de confitures, de sirops… ou des arbres fruitiers déjà présents sur la mine :

Wassaï
Cajou
Mombin

Et petit à petit on est rentré dans un peu plus de complexité en s’initiant au bio-mimétisme, c’est-à-dire tout simplement en se forçant à observer le milieu naturel autour de nous plutôt que de chercher la plante miracle dans mille articles scientifiques. Résultat : nous sommes arrivés à la conclusion qu’il fallait utiliser un maximum d’espèces pionnières « ultra locales » (du site même)…

Ça parait tellement évident…

Ça parait évident sauf que nous ne connaissions pas ces espèces très spécifiques (rappelez-vous nous sommes en forêt amazonienne et des espèces il y en a juste BEAU-COUP !!), personne ne s’intéresse vraiment à elles, et à ce stade nous n’avions aucune clé pour pouvoir les distinguer des autres. Sur le site, on est assez obnubilé par le bois canon que tout le monde connait et qui est « THE espèce pionnière ». On ne voit que lui pour ainsi dire… Mais on nous a dit et répété que revégétaliser avec du bois canon ce n’était pas bien, ça risque de bloquer les sols… (bon, soit, Mère Nature s’est sûrement trompée quelque part…) alors on voit bien d’autres espèces autour de lui, regroupées dans les zones de repousse, mais il n’est pas évident de reconnaître les espèces vraiment pionnières dans tout ce cortège ou s’immiscent déjà des espèces plutôt secondaires, voire des espèces dites climax (qui deviennent des grands arbres).

Strate pionnière en lisière de forêt

Nous avons donc fait appel à l’association « l’Ecole de la nature » qui est venue avec son matériel et ses connaissances reconnaître avec nous les espèces spécifiques à notre biotope. Ou disons recenser parmi elles celles qui avaient l’air de particulièrement bien se développer dans notre contexte.

Nous avons repéré les plus beaux spécimens, les avons répertoriés au GPS, photographiés, et nous en avons fait un herbier :

Ça peut paraître un peu old school un herbier… mais c’est vraiment le moyen le plus efficace de conserver notre petit savoir au sein de l’entreprise et de s’entraîner à les reconnaître après le départ du botaniste. Ainsi formés (même si c’est un bien grand mot), nous avons pu continuer le travail d’enquête et continuer à recenser de nouvelles espèces qui nous avaient échappées au 1er passage. De retour sur le littoral, l’herbier nous a aussi permis de préciser le nom de certaines espèces moins faciles à identifier auprès de scientifiques reconnus qui ont eu la gentillesse de nous partager leur savoir. Au final, nous avons un peu l’impression d’avoir dû faire le tour du monde des sciences de la revégétalisation et des meilleures espèces de combat, avant de se rendre compte que notre trésor était juste devant nos yeux, sur le site même !

A partir de maintenant il reste encore beaucoup de travail à faire dans cette voie (biodiversité et pionnières) mais on sent déjà que certaines espèces sont vraiment très prometteuses… la suite dans 10 ans..